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Explication linéaire : Melancholia / Les contemplations
(Hugo)

Explication linéaire...

Ci dessous, tu trouveras une explication linéaire du texte en question. Il existe une vidéo (en cliquant ici ou en dessous) où ce même texte est également expliqué... avec en plus quelques outils de méthodes et de compréhension...



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TEXTE

Melancholia

(extrait)

... Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : - Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes !
Ô servitude infâme imposée à l'enfant !

INTRODUCTION

« Où vont tous ces enfants// dont pas un seul ne rit ? »

C’est par cette interpellation que Victor Hugo mobilise son lecteur… en le forçant à réagir sur ce drame que vivaient certains enfants de son époque – et que vivent malheureusement encore certains enfants aujourd’hui – poussés à l’esclavage… au nom du profit et des intérêts d’adulte abusant de leur force, domination et privilège.

 

Melancholia est un poème de Victor Hugo, paru en 1856 dans le recueil Les Contemplations. Dans ce poème en alexandrins, Victor Hugo dénonce le travail horrible et forcé imposés à des enfants. Par le poème, il utilise avec force et panache tous les éléments persuasifs pour ébranler nos cœurs et nos esprits afin de mieux faire évoluer les mentalités et – qui sait – changer les lois.

Pour la fluidité de mon explication, je ne découperai pas spécialement le poème en différents axes mais me contenterai de l’expliquer vers après vers (étant donné que l’extrait étudié ici est plutôt court) !

EXPLICATION LINÉAIRE

Dès le premier vers, l’impression qui semble se dégager du texte est l’indignation que provoque le poète quant au travail forcé que subissent ces pauvres enfants

 

Qu’est-ce qui me permet de dire cela ?

 

Je repère immédiatement une litote.

 

Cette figure de style, je la vois dans la formulation « pas un seul ne rit ».

 

Cette manière de s’exprimer, en utilisant la phrase à la forme négative, rappelle avec force et pudeur à quel point les enfants passent vraisemblablement leur temps à souffrir, voire à pleurer.

 

... Où vont tous ces enfants// dont pas un seul ne rit ?

Ces doux êtres pensifs //que la fièvre maigrit ?

Ces filles de huit ans //qu'on voit cheminer seules ?

 

Cette tristesse, mêlée à la colère et l’indignation, est encore plus saisissante en repérant la ponctuation des trois vers suivants… qui insiste sur le côté lyrique et cette envie de jouer sur les élans du cœur.  Tout est fait pour nous choquer, brusquer, nous faire poser des questions… et nous amener à réagir avec force. En ce sens, sur un plan purement argumentatif, on parlera alors de persuasion.

Dans le 2ème vers, je devine le même état d’esprit, explicité par la périphrase « ces doux êtres pensifs », évoquant le mot « enfant ». Elle rappelle ici selon moi, à quel point les enfants ne sauraient être réduits à leur étymologie (« infans » : qui ne parle pas). Hugo rappelle par ce procédé qu’un enfant, par les adjectifs « doux » et « pensifs », sont aussi capables de ressentir et de penser… ce qu’on ne privilégiait pas du tout à cette époque.

 

Dans les 4 vers qui suivent, il me semble que Hugo scelle le sort de ses enfants en les présentant comme des damnés, victimes d’un Destin rendant leur sort sans issue. Les numéros « » dans « huit ans » et « 15 » pour « quinze heures » insistent respectivement sur leur très jeune âge… à l’antithèse de leur très grand nombre d’heures passées à travailler. Quant à l’expression « de l’’aube jusqu’au soir », je la vois comme une gradation montrant ici de manière littéraire que le travail de ces enfants occupe quasiment la totalité de ce que propose une journée ! Cet effet est d’ailleurs intensifié par l’hyperbole « éternellement », comme si cet enfer n’avait pas de fin, à jamais figé dans le temps.

 

Cet aspect cyclique, routinier – robotique pourrait-on même dire - déshumanise ces pauvres victimes en les mettant dans un quotidien perpétuellement rigide, uniquement là pour les faire travailler.

 

Le parallélisme du vers suivant insiste sur le côté mécanique, froid et déshumanisé du quotidien de ces enfants. (« Dans la même prison// le même mouvement ») Pas de place à la surprise et à l’originalité. Tout est là pour montrer que les tâches qu’ils accomplissent à longueur de journée les vampirisent et les amènent de façon répétitive à faire le travail d’une machine…

 

Ces filles de huit ans //qu'on voit cheminer seules ?

Ils s'en vont travailler //quinze heures sous des meules ;

Ils vont, de l'aube au soir//, faire éternellement

Dans la même prison// le même mouvement

 

Dans les vers qui suivent, je repère une personnification avec les termes « sous les dents// d'une machine sombre, Monstre hideux qui mâche on// ne sait quoi dans l'ombre ». D’après moi, elle renforce la dimension effrayante du lieu de travail et participe, ainsi, à la tonalité élégiaque et pathétique du poème. On souffre pour ces enfants purs et innocents évoluant en enfer…

 

Accroupis sous les dents// d'une machine sombre,

Monstre hideux qui mâche on// ne sait quoi dans l'ombre,

 

Et cette dimension infernale est d’autant plus présente qu’elle est elle-même métaphorisée dans le vers qui suit :

 

« Innocents dans un bagne,// anges dans un enfer, »

 

Elle est surtout amplifiée par les antithèses (« innocents » / « bagne » ; « anges »/ « enfer ») et le parallélisme de construction (adjectif plus groupe prépositionnel introduit par le mot « dans »). Ces effets, à n’en pas douter, exagèrent le caractère horrible du cadre dans lequel évolue les enfants, renforçant ainsi l’héritage romantique de Hugo et rappelant également la dimension lyrique du texte. Le poète utilise donc des éléments persuasifs dans ce poème fort et engagé, probablement pour mieux nous émouvoir.

 

Ils travaillent. Tout est //d'airain, tout est de fer.

Jamais on ne s'arrêt//e et jamais on ne joue.

Aussi quelle pâleur ! //la cendre est sur leur joue.

Il fait à peine jour, //ils sont déjà bien las.

Ils ne comprennent rien// à leur destin, hélas !

Ils semblent dire à Dieu// : « Petits comme nous sommes,

Notre père, voyez// ce que nous font les hommes ! »

O servitude infâ//me imposée à l'enfant !

Dans les 8 derniers vers (visibles ci-dessus), impossible de ne pas voir le travail formel opéré par le poète, notamment dans la versification avec le rejet externe dans « Ils travaillent », mettant encore en évidence les durs efforts déployés par ces pauvres enfants. Cette injustice, on la sent aussi dans la ponctuation avec les points d’exclamation, soulignant l’indignation du poète.

 

Sur un plan plus littéraire, nous retrouvons les mêmes procédés soulignant ces propos, comme de nouveaux parallélismes de construction (avec «Tout est //d'airain, tout est de fer » et « Jamais on ne s'arrêt//e et jamais on ne joue. »), insistant là encore sur l’aspect morne et répétitif du quotidien de ces pauvres victimes, mais aussi un champ lexical de la mort et de la tragédie dans des termes comme « pâleur » « cendre », « destin », « Dieu », « Notre père », « servitude infâ//me imposée ». Ce champ lexical est d’autant plus net qu’il parait mis en lumière par des mots forts, denses et chargés relevant parfois de la polysémie.

 

La « cendre », par exemple, peut aussi bien renvoyer à la poussière noircissant leur visage mais aussi à la mort… l’expression « notre père », un peu plus loin, renvoie quant à elle aussi bien à ces tristes géniteurs ayant fait le choix de laisser ces êtres à la propre sort… mais aussi à Dieu qui semble les avoir quittés et abandonnés.

CONCLUSION

Pour conclure, nous avons donc vu que ce poème est à large visée argumentative pour mieux dénoncer l’injustice sociale de l’époque et ainsi rappeler à son lecteur que les tâches rudes et pénibles relèvent d’abord d’un travail d’adultes et non d’enfants. Par les registres pathétique et lyrique, ce poème émeut et trouble, nous invitant à nous émouvoir du sort des plus démunis. Il s’inscrit ainsi dans les poèmes engagés dénonçant avec force et virulence les conditions déplorables des enfants dans le monde de l’usine. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle ce texte pourrait encore mieux s’appréhender par le lien suivant :

 

Un dessin du célèbre caricaturiste Plantu faisant un parallèle poignant entre deux enfants : l’un venant d’occident utilisant un marteau en guise de jouet… l’autre venant d’un pays où l’esclavage est permis et utilisant un marteau pour travailler à l’usine, sacrifié au nom de l’argent et du profit.

Au regard de toutes les marques et autres produits que nous surconsommons tous en masse dans notre monde d’aujourd’hui, marques bafouant la dignité humaine et les droits de l’enfant, on peut dès lors se demander si ce poème pourrait encore servir pour rappeler à chacun l’importance de l’éthique et de ses devoirs en tant que citoyen.

Future vidéo à venir très prochainement...

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